CHAPITRE II
Je deviens pilote
Après la tentative malheureuse de Cerny et constatant que j’avais
du mal à me plier à la discipline nécessaire au vol à voile, bien des années
plus tard je me suis tourné vers l’aéromodélisme. Le plus simple qui soit pour
commencer, mais vous verrez dans les chapitres suivants que c’est devenu une
passion qui a duré plus de 30 ans.
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| Mes débuts |
En 1968/69 nous étions quelques amis et moi à la recherche d’un
endroit pour faire voler nos modèles réduits, qui devenaient de mois en moins
réduits
et de plus en plus rapides. Le hasard a voulu que nous trouvions à
Nangis (en Seine et Marne) un terrain d’aviation qui nous accueille et dont les
responsables ont accepté que nous nous installions sur le bord d’un taxiway
(allée de circulation des avions) à l’extrémité du terrain. L’aéroport de Nangis Les Loges est situé au milieu de la plaine,
loin de toute habitation (à cette époque) et le bruit de nos moteurs
(particulièrement désagréable) ne dérangeait personne.
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| Fournier RF4 1m80 d'envergure |
Y allant régulièrement le weekend, j’ai évidemment été tenté
par aéro-club Albert Moreau qui offrait la possibilité de prendre des cours de
pilotage à un tarif accessible pour moi, du moins je le pensais. C’est Mr Pieussergues qui devint mon instructeur et avec qui
j’ai réellement appris les rudiments du pilotage, bien que l’aéromodélisme m’eût
familiarisé avec les principes généraux de la mécanique de vol des aéronefs.
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| Le terrain de Nangis les Loges. Nous nous installions complètement à droite de la photo |
L’appareil utilisé pour ces cours était un Rallye MS880 de
100 CV fabriqué en France par Morane-Saulnier. Il me faut dire quelques mots de cet avion qui a occupé
beaucoup de place dans mon activité aéronautique comme on le verra par la
suite.
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| Rallye MS880 |
C’est un avion rustique, très solide, très sûr et très
facile à piloter (la 2 CV de l’air en quelque sorte). Rien que ça ! Il
équipait la plupart des aéroclubs et on ne compte pas le nombre de pilotes qui
ont été formés sur cet appareil.
Tout métallique, ailes basses, une large verrière sans angle
mort il est de plus équipé de dispositifs hypersustentateurs digne des avions
de ligne d’aujourd’hui.
Deux mots de technique : Un avion vole grâce à la
différence de vitesse de l’air au-dessous et au-dessus de l’aile ce qui crée un
phénomène de succion qui, en quelque sorte, aspire l’aile vers le haut. Ça
marche très bien temps que le courant d’air sur le dessus de l’aile suit le
profile. Si pour une raison quelconque l’air ne suit plus le profile de l’aile
le phénomène d’aspiration disparaît et l’avion tombe comme un caillou. C’est le
fameux décrochage qui a fait tomber tant d’avions dont l’Airbus A330-200 du vol
Air France 447 en provenance de Rio qui s’est abîmé dans l’Atlantique suit à un
décrochage non identifié par l’équipage.
Pour retarder cette perte de portance les ingénieurs ont
imaginé d’équiper l’aile avec des surfaces mobiles qui modifient son profil, sa
forme.
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| Volets à l'arrière de l'aile |
| Becs de bord d'attaque |
Les becs de bord d’attaque (c’est le nom) sur le Rallye sont
automatiques, ils sortent d’eux même dans certaines conditions d’incidence et
de vitesse. Ce dispositif couplé à des volets de très grandes dimensions
permettent des vols à très basse vitesse et à forte incidence inaccessibles à
la plupart des autres avions de tourisme. La sécurité offerte par le Rallye est
telle que de nombreux moniteurs prétendaient que les élèves formés sur cet
appareil étaient dangereux car incapables de piloter un avion « normal ».
Cette page technique tournée, je reviens à mon histoire. J’ai
pu alors pour la première fois vraiment tenir les commandes d’un avion et
commencer à apprendre à piloter. Un rêve !!!
Un rêve qui malheureusement n’a pas duré pour des raisons
bassement matérielles. Bien que le tarif pratiqué par l'aéro-club Albert Moreau
était très raisonnable, il était encore trop élevé pour mes moyens financiers
de l’époque. Je n’ai pu prendre des cours que du 24 mars au 30 avril 1969,
période pendant laquelle j’ai effectué 5 heures et 6 minutes de vol. Mais on
verra qu’elles furent providentielles pour la suite de mes aventures
aéronautiques.
En 1978 je suis devenu vendeur dans un magasin de modélisme
cumulant ainsi loisir et travail. Mon goût en modélisme me portait plutôt vers
les avions et les planeurs, mais c’est à cette époque que sont arrivées les
premières voitures radiocommandées performantes équipées de moteurs thermiques
et qui ont séduit une nouvelle catégorie de modélistes.
Le propriétaire du magasin qui m’employait avait eu la bonne
idée d’importer des voitures au 1/8ème fabriquées aux USA
particulièrement performantes (Associated), ce qui a attiré dans le magasin des
amateurs de sport automobile intrigués par cette nouvelle activité.
C’est ainsi qu’un beau jour un monsieur est entré dans le
magasin et a acheté plusieurs voitures, moteurs et autres accessoires pour un
montant impressionnant par rapport aux achats habituels des modélistes lambda.
Discutant avec lui j’ai appris qu’il se nommait
Jean-Claude Geurie, qu’il était
pilote de course et propriétaire d’une écurie qui préparait des Ford pour les
grandes compétitions comme Le Mans par exemple.
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| Jean-Claude Geurie |
Par la suite il est venu très souvent chercher de nouvelles
pièces, et au cours de nos conversations il m’apprit qu’il utilisait un avion
privé pour se rendre sur les circuits. Je lui ai parlé de mon goût pour l’aviation
et j’ai affirmé (un peu prétentieusement) que fort de mon expérience en modélisme,
je pensais être capable de faire un tour de piste dans un « vrai »
avion. Lâchement, je n’ai pas parlé de mes 6 heures de vol 10 ans plus tôt.
Il me mit au défit de faire le fameux tour de piste, et le
dimanche matin suivant je le retrouvais sur le terrain de Lognes-Emerainville où
était stationné un de ses avions, un biplace école de marque Robin, un HR200
immatriculé F-BXEJ. Il m’a laissé m’installer en place de gauche, celle du
pilote (ce qui est formellement interdit par tous les règlements) et après une
brève description des différents instruments et commandes il me laissa démarrer
le moteur et il dirigeât l’avion vers le seuil de piste.
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| Ce n'est pas celui-ci mais il lui ressemble beaucoup |
A cette époque Lognes n’avait pas de contrôleur le dimanche
matin et l’unique piste en herbe offrait beaucoup de place. Donc pas de
contrainte de procédure (heureuse époque). Il fit décoller le HR200 dans son
style de pilotage, virile et énergique, pris un peu d’altitude vers l’est (l’ouest
est interdit, Lognes est à la limite de la zone de Paris) et me laissa les
commandes.
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| Lognes aujourd'hui avec une piste en dur |
Et bien, comme je l’avais un peu présomptueusement affirmé,
je me suis senti très à l’aise et j’ai pu sans problème effectuer les virages,
montées et descentes qu’il me demandait d’exécuter. Avec son aide nous avons
fait une intégration dans le tour de piste et posé l’avion sans difficulté.
Dire que j’étais aux anges est un euphémisme, mais ma joie a
été encore plus grande quand il m’a déclaré qu’il me prêtait l’avion pour le
prix de l’essence et la rémunération d’un moniteur. J’allais pouvoir
sérieusement apprendre à piloter pour un budget compatible avec mes moyens.
Quelle chance !
Mes cours commencèrent le 4 janvier 1979. Malheureusement un événement tragique ce produisit en ce mois de janvier. L’épouse de Jean-Claude,
Pascale, participa au premier Paris-Dakar sur une moto Honda 250XLS qu’elle
finit à la 45ème place.
A son retour, un drame passionnel se
produisit et Jean-Claude fût assassiné par l’amant de sa femme (du moins c’est
ce qui m’a été rapporté par un ami du couple). J’en fus désolé, mais j’ai pu
continuer à profiter de son avion aux conditions fixées jusqu’au 2 avril de la
même année, date à laquelle je n’ai plus eu accès à l’avion.
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| Pascale Geurie pendant le Paris-Dakar 1979 |
Outre la peine de perdre celui qui était en train de devenir
un ami, je me suis retrouvé sans avion, situation d’autant plus désagréable que
je volais seul après avoir été lâché le 11 février.
A côté du hangar où était parqué le HR200 se trouvait un aéro-club avec lequel j’avais sympathisé. Deuxième coup de chance, le dirigeant
du club a accepté de m’accorder des conditions avantageuses pour terminer ma
formation.
C’est ainsi que pour la première fois j’ai pris les
commandes d’un Cessna 172, celui-ci est immatriculé F-GBFT, type d’avion que j’étais
appelé à beaucoup utiliser par la suite.
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| Cessna 172, c'est celui-là ! |
Après cet évènement dramatique, ma formation a continué sans
anicroche. Ma première navigation avec un atterrissage seul sur un autre
terrain que Lognes a eu lieu le 30 juillet 79 dans ce même Cessna avec pour
destination Epernay.
Finalement, le 2 novembre 79 j’ai passé le test en vol après
avoir obtenu quelques semaines plus tôt le brevet théorique de pilote privé. Le
test en vol a consisté à aller à Toussus-le-Noble en passant par le transit du
Bourget.
Un transit est un itinéraire qui doit être suivi de façon très
rigoureuse car il survole des installations au sol ou des zones de circulation
d’avions de ligne, en l’occurrence l’aéroport du Bourget. Pendant toute la
durée du transit un contrôleur surveille le respect de l’itinéraire et il ne
serait pas de bon ton pour le résultat du test de faire n’importe quoi.
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| Le Bourget vu de l'itinéraire de transit |
Si bien que le 12 novembre 1979 je suis devenu pilote privé
d’avion titulaire de la licence TT1200046279.
Une anecdote pour finir ce chapitre : le 6 août 79 je
dois faire un aller-retour Lognes-Auxerre-Lognes dans le cadre de ma formation.
Pour des raisons que j’ai oubliées aujourd’hui je suis vêtu d’un T-shirt
informe, d’un jean coupé sous le genou d’un coup de ciseau rageur qui a laissé
des franges, un béret authentiquement basque couvre mon chef, et pour compléter
le portrait (voir photo) je portais à cette époque une barbe broussailleuse un
peu négligée.L’aéroport d’Auxerre héberge (du moins à cette époque) un
bar privé un peu huppé fréquenté par les VIP locaux membre de l'aéro-club. L’accès
côte « public » est restreint mais libre côté piste. Malheureusement,
c’est par cette porte que je suis entré jetant un froid parmi les buveurs de
cocktails. J’ai bu une bière au comptoir posant dédaigneusement les clés du
Cessna (avec un gros porte-clé) à côté de ma Kronenbourg avant de repartir sous
les regard courroucés des clients par la même porte portant en lettres rouges : « For
crew only ».












Sympa, votre récit !
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